Vernissage le vendredi 11 avril à 18h30

Exposition photographique Anne Leroy

Le Pôle d’interprétation de la Préhistoire a accueilli en résidence (*) l’artiste visuelle et chercheuse Anne Leroy en partenariat avec l’Agence culturelle
départementale. L’artiste a porté son regard sur l’histoire et l’évolution des paysages du Grand Site de France vallée de la Vézère. 

(*) Partenaires de la résidence : Ministère de la Culture / DRAC Nouvelle-Aquitaine, Conseil départemental
de la Dordogne, Conseil Régional Nouvelle-Aquitaine, Agence culturelle Dordogne-Périgord et Pôle d’interprétation de la Préhistoire.

Le berceau de l’humanité.
Le sanctuaire d’une épopée humaniste qui dure depuis des temps immémoriaux.

C’est ainsi que la vallée de la Vézère, en Dordogne, est immanquablement présentée. Par ailleurs, tout le monde s’accorde pour dire qu’il fait bon y passer ses vacances et qu’il y fait bon vivre. Quel est le secret de cette mystérieuse alchimie ?
On peut légitimement se poser cette question car si ce territoire mondialement connu pour son patrimoine préhistorique jouit aujourd’hui d’une image de paradis et suscite un sentiment de fascination, au tournant du siècle dernier, il était encore considéré comme un « mauvais pays » : un milieu dont les conditions naturelles, jugées hostiles, ne pouvaient engendrer qu’indigence et misère sociale. À la fin du XIXe et au début XXe siècles, les voyages d’agrément en Dordogne, département pauvre, déclassé, délaissé, et plus particulièrement dans la vallée de la Vézère, étaient encore rares. Certes, dès 1863, le chemin de fer arrivait jusqu’aux Eyzies, mais il fallait plus d’une dizaine d’heures pour s’y rendre depuis Paris et la bourgeoisie bordelaise lui préférait les stations balnéaires de la Côte Atlantique.

Visuel1 A. Leroy WEBLe regard porté sur ce territoire a donc radicalement changé. Pour comprendre ce renversement, je me suis intéressée à l’histoire sociale locale : au cours du XIXe siècle, la désindustrialisation progressive de la vallée de la Vézère et la crise des économies agricole et forestière ont rendu possible un glissement symbolique, puis sa transformation qui deviendra sa spécialisation touristique. Je me suis également penchée sur la construction des imaginaires de ce territoire, en m’appuyant sur des récits de voyage et des guides touristiques, ainsi que des documents visuels : cartes postales, images et vidéos promotionnelles, émissions de télévision.
Mon enquête de terrain m’a quant à elle amenée, comme l’écrit Rémi Labrusse, à m’« immerger concrètement, à tort ou à raison, dans de l’immémorial : la présence de l’homme est là absolument, elle ne dit rien d’autre qu’elle-même, elle échappe à toute construction narrative stable ; le passé le plus vertigineux y apparaît intégralement présent. » J’ai ainsi été « affectée », pour reprendre l’expression de Jeanne Favret-Saada, prenant rapidement conscience que la découverte des grottes ornées préhistoriques, et plus particulièrement celle de Lascaux en 1940, contenait une charge symbolique inouïe dont la force explique en partie l’aura énigmatique qui entoure, encore aujourd’hui, la vallée de la Vézère.

Les handicaps et archaïsmes d’hier se sont mus en atouts. Le territoire est devenu singulier et attractif. Néanmoins, contrairement à ce que laissent penser certains discours, les nouveaux habitants sont moins des classes supérieures, cadres et professions intellectuelles attirées par le cadre de vie, que des couples, familles et retraités qui s’installent en espérant se loger moins cher et survivre mieux à la campagne. Ces personnes, dont certaines vivent de l’économie locale tournée vers le tourisme, sont aussi celles qui sont le plus touchées par la pénurie de logements disponibles.
L’exposition présentée au Pôle d’interprétation de la Préhistoire, qui se compose d’un ensemble de photographies et de textes, vise à décrire ce territoire et à montrer, par et avec les images, d’où jaillit et de quoi est fait l’esprit des lieux.

 

Biographie :Anne Leroy WEB

Anne Leroy est née en 1984. Elle est diplômée en photographie de l'ENS Louis Lumière et en sciences sociales de l'ENS / EHESS. Elle enseigne la photographie documentaire à l’Ecole normale supérieure à Paris.
Anne Leroy travaille depuis 2008 sur des projets documentaires au long cours. Elle a d’abord abordé la question des jeunes en milieu scolaire en France (Au collège, Le Foyer) avant de s’intéresser au monde ouvrier en Roumanie (Mioveni) puis à un territoire du Caucase de facto indépendant (Abkhazie), et enfin à la ligne de démarcation pendant la Deuxième Guerre mondiale (Je ne suis pas mort. La famille va bien).

En parallèle de sa résidence au Pôle, elle développe 2 projets en parallèle : un travail sur l'agriculture en France mêlant photographies, écriture, créations sonore et filmique et un travail en duo avec une anthropologue qui traite d’une institution emblématique de l’« urgence sociale » et ses hébergés (Lamaison de N.) https://www.anneleroy.fr

 

Réservation conseillée au 05 53 06 06 97 ou par mail : This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.